On tombe sur un vieux billet de 400 francs dans une enveloppe, au fond d’un tiroir. Le réflexe : diviser par 6,55957 pour obtenir le montant en euros. Le résultat affiche 60,98 euros au taux de conversion officiel. Sauf que ce chiffre, figé depuis le passage à l’euro, ne raconte qu’une partie de l’histoire. Selon l’année où ces 400 francs ont réellement circulé, leur pouvoir d’achat en 2026 peut varier du simple au triple.
400 francs en euros : le calcul nominal en quelques secondes
Le taux de conversion irrévocable entre le franc français et l’euro a été fixé à 1 euro = 6,55957 francs. Ce taux ne bouge pas, quelle que soit l’année. Pour 400 francs, on divise donc 400 par 6,55957, ce qui donne 60,98 euros.
Ce calcul suffit quand on veut connaître l’équivalence comptable brute, par exemple pour convertir un ancien prix affiché sur un contrat ou une facture. On obtient un montant en euros courants, sans correction.
Le problème commence quand on essaie de comparer ce montant à une dépense de 2026. Parce que 60,98 euros aujourd’hui, ce n’est pas du tout la même chose que 60,98 euros au moment du passage à la monnaie unique. L’inflation a grignoté la valeur de chaque euro depuis.
Pouvoir d’achat de 400 francs : l’année d’origine change tout
Prenons une situation concrète. On retrouve un bulletin de salaire mentionnant une prime de 400 francs. Si cette prime date de 2001, juste avant le basculement, la conversion nominale (60,98 euros) reste relativement proche de la réalité en pouvoir d’achat, car l’écart temporel est court.
En revanche, si ces 400 francs datent de 1980, la donne change radicalement. L’inflation cumulée entre 1980 et 2026 est considérable. 400 francs de 1980 pesaient bien plus lourd qu’un billet équivalent en 2001.

Pour mesurer cette différence, les outils de l’INSEE et de Service-Public proposent un convertisseur franc-euro intégrant l’inflation. On y saisit le montant, l’année d’origine, et l’outil recalcule en euros constants – c’est-à-dire en euros qui reflètent le pouvoir d’achat réel à la date choisie.
Sans cette correction, on se contente d’une équivalence de façade. C’est un peu comme dire qu’un loyer de 400 francs en 1975 correspondait à 60,98 euros : personne ne loue quoi que ce soit à ce tarif en 2026, et personne ne le faisait non plus avec 400 francs en 1975 par rapport aux revenus de l’époque.
400 francs face à une dépense concrète de 2026
Pour donner du sens à la conversion, on peut rapprocher ces 400 francs de dépenses courantes. L’exercice dépend toujours de l’année de référence, mais il rend le calcul tangible.
- Un plein d’essence : 400 francs des années 1990 représentaient plusieurs pleins de carburant. Aujourd’hui, 60,98 euros ne couvrent même pas un plein complet pour la plupart des véhicules.
- Un repas au restaurant : dans les années 1980, 400 francs permettaient d’offrir un dîner pour plusieurs personnes dans un restaurant correct. En 2026, le même pouvoir d’achat réel correspondrait à un budget nettement supérieur à 60,98 euros.
- Une part de loyer mensuel : 400 francs en 1970 pouvaient représenter une fraction significative d’un loyer à Paris. L’équivalent en pouvoir d’achat 2026 dépasse largement la simple conversion nominale.
La conversion brute sous-estime systématiquement la valeur passée. Plus l’année d’origine est ancienne, plus l’écart se creuse entre le montant nominal (60,98 euros) et la valeur réelle corrigée de l’inflation.
Conversion franc-euro et inflation : la méthode fiable en 2026
Pour obtenir un résultat crédible, on procède en deux temps. D’abord la conversion nominale (diviser par 6,55957). Ensuite, la correction par l’indice des prix à la consommation entre l’année d’origine et 2026.
Les données d’inflation doivent être actualisées. Un calcul basé sur des indices anciens fausse le résultat. En 2026, les indices de prix mis à jour par l’INSEE restent la référence pour ce type de conversion.
Concrètement, voici les étapes :
- Identifier l’année exacte où les 400 francs ont été perçus ou dépensés.
- Utiliser le convertisseur de l’INSEE ou celui de Service-Public, qui intègrent l’inflation dans le calcul.
- Comparer le résultat en euros constants (et non en euros courants) avec une dépense équivalente aujourd’hui.
- Ne pas confondre franc français et franc suisse (CHF) : les recherches mélangent parfois les deux devises, mais le franc suisse est une monnaie toujours en circulation avec un taux de change variable.
On notera que les retours varient sur la précision des outils en ligne non institutionnels. Certains convertisseurs privés n’actualisent pas leurs indices chaque année, ce qui peut introduire un décalage.

Franc français, ancien franc, franc suisse : ne pas tout mélanger
Une confusion fréquente dans les recherches autour de « 400 francs en euros » concerne la nature même du franc. Le franc français a cessé d’avoir cours légal au début des années 2000. Le taux irrévocable de 6,55957 ne concerne que le franc français.
Le franc suisse (CHF), lui, fluctue chaque jour sur le marché des devises. Convertir 400 CHF en euros donne un résultat totalement différent, variable selon le cours du jour. Les deux opérations n’ont rien en commun.
Autre piège : l’ancien franc, utilisé avant 1960. Un montant de 400 anciens francs équivaut à 4 nouveaux francs (le nouveau franc valait 100 anciens francs). La conversion en euros donne alors un montant dérisoire. Quand on retrouve un document mentionnant 400 francs, vérifier s’il s’agit d’anciens ou de nouveaux francs évite des erreurs de plusieurs ordres de grandeur.
Pour 400 francs français (nouveaux francs), le calcul reste simple sur le plan arithmétique : 60,98 euros. Mais la vraie réponse dépend de ce qu’on cherche à mesurer. Une équivalence comptable se règle en une division. Une comparaison de pouvoir d’achat demande de connaître l’année, de corriger par l’inflation, et de rapporter le résultat à une dépense concrète de 2026. C’est cette deuxième lecture qui donne un sens réel au montant.

